Rue Belouizdad

Rue Belouizdad, Alger, série réalisée entre octobre 2014 et septembre 2015

Je suis née en Algérie en décembre 1986. J’y ai vécu jusqu’à mes 7 ans, puis, guerre civile oblige, nous nous sommes réfugiés en France. Par la suite, nous y sommes retournés jusqu’à mes 10 ans. Et puis mes parents ont cessé de m’y emmener. Longtemps, des souvenirs me sont revenus par éclats. Boumerdès, surtout, la ville de mon enfance. Et le quartier Champ Manœuvre, Alger. Mais il fallut un certain cheminement mental pour envisager un cheminement géographique : petit à petit, Algérie et quête de soi sont devenues indissociables. C’est en automne 2014 que j’ai franchi le cap, après 17 ans d’absence.

A Alger, j’habite rue Belouizdad, dans un quartier populaire. Je retrouve mes tantes, H. et N. Depuis la mort de leur sœur il y a deux ans, elles ont rejoint son appartement pour ne plus le quitter. Il y a aussi B. qui était la garde-malade de ma tante décédée, et qui est restée. Cette série photographique s’inscrit dans ce petit appartement dans lequel nous vivons à quatre, quatre femmes : N., H., B. Il y en a deux qui fument, une qui prie, et moi, qui me réconcilie avec mes souvenirs dans un monde qui m’est à la fois familier et étranger. Je fabrique des images en dépit du temps perdu, en travers de mes images mentales. Après ces quelque 18 ans d’absence, je fixe par l’image ce qui ne doit plus être oublié.