JE, TU, ELLES

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Dans la série JE TU ELLES, je questionne quelque chose de l’ordre du vertige identitaire.

En octobre 2014, je retrouve l’Algérie, le pays de mon enfance. Le projet de photographier les Algériennes me permet ce retour aux racines.

Ce qui m’interpelle tout de suite, ce sont les rôles souvent contradictoires que doit jouer la femme algérienne, dans la rencontre entre tradition et modernité. Et cela me marque d’autant plus qu’à travers ma double culture, j’ai toujours la sensation de jouer un rôle, et de n’exister que de manière fragmentée. De fait, j’ai voulu faire se rencontrer mes personnages intérieurs dans le monde féminin algérien. Qu’est ce qui peut faire unité derrière les éclats, et leurs représentations ?

La forme de la séquence m’a permis de créer avec plusieurs images ce que je ne pouvais exprimer avec une : cela a trait à quelque chose de l’ordre de l’apparition et de la disparition, de la multiplicité des états du moi. Il s’agit d’incarner tous les rôles : je me réapproprie les tenues de mes tantes et grand-mères, déconstruis les gestes, tenter d’interroge ma propre fiction identitaire.

En incarnant plusieurs personnages de femmes algériennes (femme kabyle traditionnelle, femme/apparition des contes et poèmes, femme du Sahara, femme pauvre, errante, amoureuse, voilée ou non voilée… ), j’ai voulu jouer avec les images figées de l’identité féminine, afin de me rapprocher petit à petit de ce que pourrait être le « vrai » moi.

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Née en Algérie, ayant grandi en France, Lynn S.K. retourne régulièrement en Algérie depuis 2014, livrant un travail photographique sur l’exil et la double nationalité sous forme de journal, témoignant d’une introspection personnelle, singulière. Jouant avec la représentation de soi, l’autoportrait, la photographe pose la question de l’altérité et du vertige de l’identité, nous renvoyant aussi bien au fait que « je est un autre » qu’à la possibilité de reconnexion avec une image interne, un imaginaire du côté des puissances de la vie et du lien. Où suis-je ? Qui suis-je ? Renouant avec le lien perdu et manquant, l’écriture photographique nous entraîne du côté du burlesque, de la conceptualisation, de l’évocation de l’intime et de l’enfance.

Clémentine Feuillet, Galerie Joseph Antonin, Arles.

10 polyptyques, tirés sur papier fine art, dimensions variables.
Série réalisée avec le soutien de l’Institut Français d’Alger. 

In the series JE TU ELLES, I use the self-portrait to explore the links between the gender roles and the construction of identity.
When I returned in Algeria, I was immediately surprised by the social roles that Algerian woman were supposed to act, in between tradition and modernity. They can be very different when they are amongst family or outdoor, in presence of men or women. It was strangely familiar to me : because of my biculturalism, I have always had a feeling of playing a role, and that my identity was fragmented.
The sequence form was an answer to that fragmentation. It allowed me to create with several pictures what I could not say with one : how is it possible to appear, and disappear, in space and time, and how can I play with the female representations through the multifaceted self. Kabyle woman, imaginary women of the Arab poems, and songs, Sahara woman, wandering soul, with a veil or with no veil,…
Through the embodiment of all these roles, I tried to reach something of a « true » self.

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Lynn S.K. was born in Algeria and raised in France. She has been returning regularly to Algeria since 2014, delivering a photographic work on exile and dual nationality in the form of a diary, and revealing a singular personal introspection. The photographer plays with the representation of the self, the self-portrait, and inquires about otherness and the vertigo of identity, pointing both the fact that « Je est un autre » (I is an Other) and to the possibility of reconnection with an internal image, an imaginary in the context of the powers of life and interpersonal bonds. Where am I? Who am I? Such photographic writing re-establishes the lost, missing link. It leads us to the realm of burlesque, conceptualization, evocation of intimacy and childhood.

Clémentine Feuillet, Galerie Joseph Antonin, Arles.