Summertime

 

Dans le doute, toujours, dans la démonstration, jamais ; du côté des questions et non des réponses – idées, messages, concepts m’échappent ; je sais juste qu’à l’apparition d’une lumière, je regarde plus longtemps que les autres.
Portraitiste de l’intime, je photographie mon entourage, essentiellement féminin ; tente d’apprivoiser le soleil pour montrer des créatures lunaires; l’anormal du normal ; le caractère sensuel et mystérieux du quotidien ; des histoires insaisissables comme des souvenirs d’enfances – leur force d’émotion est dans leur fragilité. Mes modèles ont une grâce ténue, d’une fragilité presque cruelle, je voudrais m’en faire la voyante : cosmologue de l’imparfait, du vulnérable.
Mes images sont dites « esthétiques » – l’objectif s’accroche à un remue-ménage de robes blanches et de halos ; j’affectionne les défauts ou les erreurs, les ombres sauvages sur les visages, les surexpositions, les contre-jours, les défauts optiques, le vignettage, le grain, le flou des grandes ouvertures, la poussière sur les filtres, sur l’objectif, dans l’atmosphère.
J’ai choisi l’été comme saison suspendue, pour ses instants étouffés par le soleil ; l’été où les cicatrices paraissent insoupçonnables. Il ne faut pas le répéter, mais le fond de l’air est un peu plus lourd.
Dans les recoins, derrière les corps transparents, les fantômes urbains, au bord de l’image, hors-champ, en travers : présence de l’angoisse, multiple, sourde. Ne pas troubler le calme de l’eau qui dort ; il suffit d’une peau blême pour trahir la présence des petites morts. Cette jeune fille sur une balançoire, une table de cuisine, perdue dans le lierre, dans son lit – calme, tranquille – son sang est en feu. Révéler ce qu’elle porte : ébréchée, dissonante, son âme est celle de la lumière, sa mélancolie est celles des particules.
Mes mondes sont traversés de lignes de fuites, de fêlures. Une lueur, des bas filés, un mur de pierre : voilà déjà le début d’une histoire.

Lynn S.K., mai 2010.

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Always doubting, never demonstrating; always asking questions, but never answering – I can’t get into ideas, concepts, theories. I only know that when some light shines, I look at it longer than anyone.
A portrayer of intimacy, I photograph my next of kin, most of them being women; I aim at taming the sun, to show lunar creatures; the abnormal in the normal; the sensual, mysterious character of daily life; stories fading like childhood memories – the emotion lying in fragility. My models have their own frail, almost cruel, grace; I try to be their medium, a cosmologist of the imperfect, the vulnerable.
Some say my pictures are “aesthetic” – my objective grasps to a chaos of white dresses and halos; I dearly love defects or errors , wild shadows on faces, burning-up, blacklighting, vignetting, optical mischief, grain, wide aperture blur, dust on filters, on the objective, on the atmosphere.
I chose summer as a suspended season, for its sun-drowned moments; summer, in which scars seem above suspicion. Don’t tell anyone: things are not what they seem…
In the corners, behind translucent bodies, urban ghosts, on the edge of the picture, out of range, crosswise: silent, multiple anxiety. Never trouble still water; a pale skin is enough to betray the presence of little deaths. This young girl on a swing, a kitchen table, lost in ivy, in her bed – so calm and quiet – her blood is on fire.
Show what she’s carrying: her dissonant, jagged soul is the soul of light, her melancholy is the melancholy of particles.
My worlds are crossed by cracks and vanishing points. A glowing light, a ladder on a stocking, a stone wall: this is already a story beginning.